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Après une tournée stratégique aux frontières, le ministre de l’Intérieur s’est rendu au Camp Abdou Diassé. Entre annonces sociales fortes et rappels doctrinaux, il dessine les contours d’une police moderne et protectrice.
Le Camp Abdou Diassé de Dakar a vibré jeudi au rythme des démonstrations de force de la Brigade d’Intervention Polytechnique (BIP) et du Groupement Mobile d’Intervention (GMI). Venus accueillir leur ministre de tutelle, Mouhamadou Makhtar Cissé, les hommes en uniforme ont reçu un message de fermeté sur les principes, mais aussi de reconnaissance pour leur engagement quotidien.
Interrompu dans son agenda initial par les urgences climatiques (gestion des inondations) et les grands événements religieux, le ministre de l’Intérieur a repris ses visites de contact. Et c’est un vibrant hommage qu’il a rendu à la Police Nationale. « Nos agents tiennent bon, accomplissent leur mission avec un sens aigu du devoir et un professionnalisme qui honore l’État », a-t-il déclaré, conscient que le service se fait dans des conditions « toujours difficiles ».
Le GMI et la BIP : Protéger plutôt que réprimer
Face aux critiques qui ciblent parfois les unités de maintien de l’ordre, le ministre a tenu à recadrer le débat. Pour lui, le rôle du GMI est avant tout une mission de protection des populations. « Sans elle, ce serait le désordre et la capitulation de l’État ». Quant aux unités d’élite de la BIP, le ministre a résumé leur philosophie en une formule percutante : « Elles montrent souvent leur force pour ne pas avoir à l’utiliser. Leur rôle est avant tout dissuasif. »
Une révolution sanitaire en marche pour les troupes
La grande annonce de cette journée est sans doute d’ordre social. Le ministre a insisté sur le fait que la performance des agents dépendait directement de leur bien-être et de celui de leurs proches. Visitant l’unité médicale dirigée par le Colonel Abda en coordination avec la santé des armées, Mouhamadou Makhtar Cissé a dévoilé un plan de montée en puissance des infrastructures médicales de la police.
L’actuelle unité passera très prochainement au statut d’hôpital de niveau 1, posant les jalons pour la création future d’un hôpital de niveau 3. Un argument de motivation majeur pour des troupes fortement sollicitées, notamment dans le cadre de la sécurisation des grands événements à venir à Dakar.
Démocratie et force proportionnelle : la doctrine du juste milieu
Pour le premier flic de l’État, la présence des forces de l’ordre lors des rassemblements ne doit pas être perçue comme un frein aux libertés locales, mais comme un garant démocratique. « Dans une République qui est une démocratie, forcément il y aura des manifestations », a admis avec réalisme le ministre de l’Intérieur. Dans ce contexte, la mission première de la police reste l’encadrement pacifique. Cependant, en cas de dérapage, le message ministériel est sans équivoque : l’usage de la force doit rester strictement proportionnel à la menace.
Mr le ministre Mouhamadou Makhtar Cissé a vigoureusement exhorté ses troupes à garder à l’esprit qu’elles sont avant tout au service des citoyens. « L’aspect droits humains est extrêmement important. Protéger, oui, mais respecter également », a-t-il insisté, rappelant que même face à la délinquance, le devoir de répression ne doit jamais s’affranchir du respect de la dignité humaine.
Garder à vue n’est pas condamner : le chantier de l’humanisation des cellules
C’est sans doute le volet le plus politique et le plus attendu de sa déclaration. Le ministre de l’Intérieur a jeté les bases d’une réforme profonde des conditions de détention provisoire, annonçant une collaboration étroite avec son homologue du ministère de la Justice. L’objectif ? Améliorer d’urgence les conditions de garde à vue dans le pays.
« À ce stade, on n’est pas coupable, on est suspect », a martelé le ministre, rappelant qu’une immense majorité des personnes interpellées n’arrivent finalement jamais devant un juge. Dès lors, maintenir des citoyens dans des conditions précaires avant même l’établissement d’une charge est jugé « inacceptable » par l’autorité publique, qui exige une application stricte de la présomption d’innocence.
Au-delà des médailles et du défi logistique, le véritable baromètre de la réussite de ces Jeux Olympiques se jouera dans l’esprit des citoyens. En exhortant chaque Sénégalais à se faire « commandant de la sécurité » de son propre quotidien, le message officiel brise un vieux mur de méfiance pour raviver le concept d’Armée-Nation. Si la police, la gendarmerie et l’armée apprennent à faire corps avec la population, le Sénégal aura gagné son pari bien avant la cérémonie d’ouverture : celui d’avoir transformé un défi sécuritaire éphémère en un héritage civique permanent.
Vers un programme spécial de modernisation
Pour aligner les actes sur les ambitions, Mouhamadou Makhtar Cissé a annoncé qu’un vaste programme global de modernisation de la Police Nationale allait être soumis pour validation au Président de la République et au Premier ministre.
Ce plan d’envergure nationale prévoit la construction et la réhabilitation de commissariats dits « dignes du rang et des missions » de l’institution, des mesures fortes pour faciliter le logement des fonctionnaires de police, ainsi qu’un budget d’équipement spécial pour combler les besoins matériels prioritaires. Avec cette double approche mêlant fermeté doctrinale, réformes structurelles et revalorisation sociale, le ministère de l’Intérieur entend bâtir une police républicaine moderne, capable de répondre aux défis sécuritaires contemporains tout en restant le bouclier des libertés citoyennes.