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Alors que le président Emmanuel Macron est attendu au Sénégal lors des Jeux Olympiques de la jeunesse, fera-t-il preuve de lucidité dictée par une exigence de vérité et de justice ou choisira t-il de suivre les conseils d’un ministère des Armées qui s’enfonce dans le déni et le mensonge ?

Diakhao le 1er octobre 2026

                                                                                                                                  Biram SENGHOR

Diakhao

Sénégal

Monsieur le Président de la République

Palais de l’Élysée

55 rue de Faubourg Saint Honoré

75008 Paris

Objet : Massacre de Thiaroye

Lettre ouverte

Monsieur le Président,

Avant que vous ne quittiez vos fonctions de Président de la République française, je m’autorise à vous interpeller afin que vous puissiez avoir une connaissance approfondie du combat que je mène pour la justice et le respect de la mémoire pas seulement de mon père M’Bap Senghor mais de tous les martyrs tués par l’armée française ce funeste 1er décembre 1944 au camp de Thiaroye au Sénégal. Je crois que vous pouvez agir afin que cessent les tentatives indécentes de falsifications toujours opérantes en 2026.

Alors que dans une requête en appel en date du 25 mai 2026, le ministère des Armées mentionne que j’aurais dû adresser mes réclamations indemnitaires en lien avec mes préjudices au plus tard le 31 décembre 2018, je me permets de souligner que je les avais faites dans les années 70 puis fin 1982. Le ministère de la Défense avait d’ailleurs reconnu dans une note du 9 février 1983 puis du 24 mai 1983 que je réclamais une réparation financière du chef du décès de mon père durant les « incidents » de Thiaroye. Le Chef de Cabinet, Serge Daël m’avait répondu que le ministre avait prescrit une enquête qui n’a jamais eu lieu. C’est bien avant 2018 que j’ai réclamé les sommes dont mon père a été spolié et l’État français, prétextant alors la prescription depuis 1949 ou 1958, a refusé l’accord amiable initié par la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme).

Dans un jugement du 25 mars 2026, le tribunal administratif de Paris a reconnu les carences de l’État français avec les nombreuses falsifications et les mauvaises informations qui m’ont été apportées sur la mort de mon père. Le ministère des Armées a été condamné à me verser 10000 euros pour le préjudice moral. Je n’ai pas reçu cette somme dans le délai imparti. Certes le ministère des Armées a fait appel mais le jugement est exécutoire.

Je tiens à vous faire part de ma colère à la lecture de la requête en appel sur un point précis qui me heurte particulièrement. En 2026, le ministère des Armées insinue l’existence d’une confusion entre mon père et Bappe Seck N’Gor dans le but de faire croire que mon père possédait bien un acte de décès dès le 2 décembre 1944 alors qu’il avait été présenté à ma mère et mon oncle comme un disparu, un non rentré. Cette information frauduleuse a permis de camoufler de nombreuses victimes. Bappe Seck N’Gor avait comme matricule le n°15.072 alors que le matricule de mon père était le n°32.124. Dès les années 50, après que ma famille aie réclamé des explications sur la mort de mon père, le ministère des Anciens Combattants a manigancé pour que l’acte de décès de Bappe Seck N’Gor devienne celui de mon père. Ils ont été jusqu’à modifier les nom et prénom de mon oncle sur un document officiel. Mon oncle ne s’appelle pas Senghor N’GOR mais N’Godaly SENGHOR. Le ministère des Anciens Combattants a réclamé auprès du procureur de Dakar en 1953 puis en 1959, la rectification de l’acte de décès de Bappe Seck N’Gor pour l’attribuer à mon père, en vain puisque cet homme avait bien été tué le 1er décembre 1944 comme mon père. Monsieur le Président, je suis choqué quand je lis dans cette requête de 2026 la même insinuation du ministère des Armées et que Bappe Seck N’Gor aurait un pseudonyme Bao Senghor. Aucun document fourni dans la requête et dans le dossier de mon père ne le montre. Bappe Seck N’Gor aurait dû avoir la mention « Mort pour la France » comme mon père ainsi que les autres présents sur la liste provisoire de ceux morts à Thiaroye et à l’hôpital de Dakar. Le ministère des Armées a renié et renie encore l’existence de ce combattant Bappe Seck N’Gor pour se dédouaner des multiples mensonges concernant ce massacre.

Il est important de souligner que la mention « Mort pour la France » n’a été attribuée qu’à six tirailleurs alors que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a transmis à une délégation venant du Sénégal, en 2024, 35 actes de décès dont celui de Bappe Seck N’Gor mais évidemment pas celui de mon père puisqu’il n’a jamais été établi après sa mort car présenté comme « non rentré ».

Je vous donne un autre exemple concernant le lieu de sépulture parmi tant d’autres manœuvres honteuses. Toujours dans cette requête pour l’appel, il est mentionné l’absence d’archives permettant de localiser les sépultures. Alors qu’en 2020, ce même ministère, pour un rapport de l’Assemblée nationale, a fait état de l’existence de trois fosses communes sous les tombes du cimetière. Il existe bien des archives sur les sépultures. J’ai d’ailleurs déposé une plainte pour recel de cadavres qui est en cours d’instruction.

Le ministère des Armées a également saisi récemment le Conseil d’État contre un arrêt de la Cour d’Appel administrative de Paris qui m’avait donné raison quant à l’importance de mettre la bonne date d’embarquement sur l’état de service de mon père afin que je puisse faire valoir mes droits. Si le ministère reconnaît l’erreur qui n’en est pas une puisque la date d’embarquement a été falsifiée dans tous les dossiers, il estime que les historiens pourront effectuer des recherches sur le sens de cette « erreur ». Je sais que les historiens qui travaillent sur ce massacre et réclament les archives pour s’approcher de la vérité se font vilipender par le ministère des Armées. N’est-il pas opportun, pour l’Histoire et pour nous descendants, de réclamer et de connaître le motif de la sanction infligée à un officier particulièrement compromis comme je l’ai fait en 2016 ?

Dans le dossier de mon père, suite à un courrier que j’avais adressé le 1er octobre 2017 à la ministre des Armées, je découvre ces annotations sans en connaître l’auteur :

En effet, la mort de mon père est encombrante et mon combat l’est tout autant. Je suis persuadé que vous avez ce pouvoir de soulager ce poids de tant d’amoralité pour tous les tués (pas 35, ni 70, mais de l’ordre de 380 comme l’a chiffré le cinéaste Ousmane Sembène) jetés dans des fosses communes à qui il faudra bien offrir une sépulture digne mais aussi pour les 34 condamnés qu’il faut innocenter. Les descendants (ils ne sont pas nombreux) dont je suis un humble représentant attendent la vérité, la justice et les réparations.

Mes avocats se tiennent à votre disposition afin que ce combat puisse aboutir avec la fin des compromissions par les mensonges réitérés permettant d’apaiser les relations entre la France et le Sénégal mais aussi les autres pays africains concernés.

Je ne doute pas que vous serez sensible à mon appel et vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de ma haute considération.

Biram Senghor
Copie : Madame la ministre des Armées et des Anciens Combattants ; Monsieur le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

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