La prononciation apostolique a accueilli vendredi Sœur Anne Béatrice Faye pour la réception officielle de sa nomination. Aux côtés du Nonce apostolique, Mgr V. Sommertag, et du Président de la Conférence des Supérieurs Majeurs du Sénégal, le père Zacharie, la religieuse sénégalaise a reçu le document attestant sa désignation parmi les 19 nouveaux consultants du Dicastère pour le dialogue interreligieux. Annoncée le 19 janvier par la Salle de presse du Saint-Siège, cette décision du pape Léon XIV fait d’elle l’une des rares femmes africaines à occuper cette fonction.
Cette citation a cristallisé sa compréhension de la mission qui lui est confiée. La religieuse perçoit cette nomination comme un appel au service dans l’esprit du dialogue, de la communion et du vivre-ensemble. À ses yeux, le dialogue interreligieux constitue une manière de bâtir la paix entre les peuples qui cherchent à vivre leur appartenance religieuse autrement que comme une volonté d’annexer l’autre différent ou de dénigrer sa foi et ses traditions. L’engagement de l’Église du Sénégal dans ce domaine l’encourage à avancer avec confiance et espérance, en portant ensemble la mission de construire des ponts entre les personnes et les traditions religieuses.
L’expérience sénégalaise a nourri profondément sa réflexion. Le pays reste souvent cité pour sa tradition de coexistence pacifique fondée sur le respect mutuel. Ce dialogue entre les religions, associé à un modèle de gouvernance laïque, a contribué à maintenir une stabilité dans une région marquée par de nombreux conflits. Au Sénégal, le potentiel de dialogue et de coexistence entre les communautés religieuses s’appuie sur de nombreuses initiatives et institutions engagées dans la promotion de la paix et de la compréhension mutuelle. Majoritairement musulman, le pays se caractérise par un islam confrère d’inspiration soufie, reconnu pour sa spiritualité, sa coexistence pacifique et son engagement en faveur du bien commun.
Bien que minoritaire, la communauté chrétienne continue de croître, notamment dans les milieux urbains comme Dakar. La présence et la mission de l’Église au Sénégal demeurent significatives dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la promotion de la femme et de la pastorale sociale. L’Église agit sans distinction religieuse. Par son engagement constant en faveur du rapprochement entre chrétiens et musulmans, elle joue un rôle important dans la cohésion sociale du pays.
Au-delà de son parcours personnel, Sœur Anne Béatrice Faye voit dans cette nomination une occasion de valoriser la place des femmes africaines dans l’Église universelle. Leur représentation revêt une importance capitale. Le Document final du Synode rappelle qu’elles constituent la majorité du peuple de Dieu et qu’elles sont souvent les premiers missionnaires de la foi, au sein de la famille comme de la société. Leur présence est un don, un signe et un témoignage vivant qui nourrit l’espérance et ouvre des chemins de transformation.
L’Église et la société ont besoin du regard et de la parole des femmes. Leur manière singulière d’écouter, d’enseigner, d’organiser, de créer des liens, de soigner et de réconcilier révèle le visage maternel et fraternel de Dieu au cœur du monde. Les femmes consacrées, qu’elles soient engagées dans la vie contemplative ou apostolique, portent une mission fondamentale et distinctive. Pour les religieuses africaines, cette représentation est un appel à mettre en valeur les charismes féminins déjà à l’œuvre dans l’Église et la société.
Ces femmes proposent et incarnent un style de leadership profondément évangélique, un leadership de service et de gouvernance partagée, attentif aux personnes surtout les plus vulnérables. Ce style se fonde sur l’humilité, l’écoute et le discernement communautaire. Il place le bien commun au cœur des décisions, plutôt que les intérêts individuels ou les logiques de pouvoir. Refuser d’écouter leur voix, c’est non seulement leur faire injustice, mais aussi entraver la mission même de l’Église. Le pape François le rappelle avec force : il ne suffit pas d’ouvrir des espaces aux femmes dans les instances de décision, il faut reconnaître leur capacité à poser de véritables actes de gouvernance.
Dans cette perspective, la démarche synodale occupe une place centrale dans la vision de la consultante nouvellement nommée. Membre de la Commission des théologiens pour le Synode au Vatican, elle a lancé l’École de Synodalité de Dakar pour accompagner la réception du Document Final. Cette culture de l’écoute, propre à la démarche synodale, transforme la manière de dialoguer avec les membres d’autres confessions. Écouter, ce n’est pas simplement entendre des paroles, c’est accueillir l’expérience de l’autre, reconnaître la valeur de son chemin spirituel et lui donner une place dans la conversation.
Cette démarche apprend à dépasser les logiques de confrontation ou de justification pour entrer dans une dynamique de respect et de co-construction. Elle ouvre un espace où chaque voix compte, où la diversité des traditions religieuses devient une richesse plutôt qu’un obstacle. Ainsi, le dialogue interconfessionnel n’est plus perçu comme un exercice diplomatique ou une tolérance minimale, mais comme une véritable rencontre qui aide à relire les convictions de chacun à la lumière de celles des autres.
Pour le fidèle laïc, la religieuse trace un chemin concret. Le passage des nominations vaticanes au dialogue vécu dans les communautés locales se réalise par l’engagement personnel. Chacun est appelé à reconnaître et à accepter la différence, non pas comme une menace, mais comme une richesse qui ouvre à la rencontre. Le dialogue n’est pas une abstraction réservée aux experts. Il devient concret lorsqu’il jaillit de l’expérience d’une vie partagée avec l’autre, dans la proximité d’une même culture et d’une même communauté. Les orientations lieux de Rome trouvent leur véritable fécondité lorsqu’elles inspirent des attitudes de respect, de disponibilité et de fraternité dans les paroisses.
Aux jeunes religieuses et laïcs, elle adresse un message direct. Le monde a besoin de leur énergie, de leur créativité et de leur courage pour ouvrir des chemins nouveaux de fraternité et de dialogue. Elle les invite à ne pas craindre la différence, mais à l’accueillir comme une richesse qui élargit les horizons et aide à grandir. Le dialogue véritable ne se limite pas aux paroles. Il se nourrit de la vie partagée, de l’écoute sincère et de la capacité à se laisser transformer par la rencontre.
La rencontre de vendredi marque le début d’une nouvelle étape. Comme le confie Sœur Anne Béatrice Faye : « Cette étape est pour moi l’occasion de poursuivre, avec l’Église, le chemin synodal pour la mission. » Son engagement dans le dialogue interreligieux s’inscrit dans la continuité d’un parcours marqué par la fidélité, l’écoute et la conviction que la diversité des croyances peut devenir une richesse partagée.


