Un avis de déguerpissement vient d’être adressé aux commerçants du marché de viande porcine de Grand-Yoff. On leur donne vingt-huit (28) jours pour quitter les lieux au motif que le site est situé sur un titre foncier appartenant à l’État.
Sur le plan juridique, chacun peut entendre cet argument. Mais une décision administrative ne peut pas être analysée uniquement à travers la froideur d’un texte. Elle doit aussi être examinée à la lumière de son contexte, de ses conséquences sociales et des questions légitimes qu’elle soulève.Car ce marché n’est pas une installation récente ou clandestine. Il existe depuis des décennies. Il fait vivre plus d’une centaine d’hommes et de femmes. Des familles entières dépendent de cette activité. Une économie locale s’est structurée autour de ce lieu.Alors la première question s’impose d’elle-même : pourquoi aujourd’hui ?Pourquoi un marché connu de tous pendant tant d’années, deviendrait-il soudainement un problème à éliminer ?Et surtout, à qui profite réellement ce déguerpissement ?Dans tout dossier de ce type, lorsque des travailleurs sont brutalement menacés de perdre leur outil de travail sans solution alternative, on est en droit de demander : qui gagne et qui perd dans cette décision ?Une autre interrogation, plus sensible encore, circule aujourd’hui dans les esprits. Elle mérite d’être posée clairement pour éviter qu’elle ne se transforme en suspicion silencieuse.La vente de viande de porc dérange-t-elle à ce point ?La viande porcine est consommée au Sénégal par une partie de la population, notamment par la communauté chrétienne, mais pas uniquement, allez savoir ! Cette réalité fait partie de la diversité culturelle et religieuse de notre pays. Depuis toujours, le Sénégal est cité en exemple pour la qualité de son vivre-ensemble.Dès lors, la disparition du seul marché structuré de viande porcine de Dakar sans concertation ni solution alternative ne peut qu’alimenter des interrogations.S’agit-il simplement d’une question foncière ?Ou certains veulent-ils faire disparaître une activité qui dérange ?Sommes-nous face à une simple décision administrative ou à une cabale silencieuse contre une communauté et ses habitudes alimentaires ?Ces questions ne sont pas des accusations.

Ce sont des interrogations légitimes dans un État démocratique où les décisions publiques doivent être transparentes et justifiées.Si le véritable problème est sanitaire ou urbanistique (ce marché n’occupe pas la voie publique), alors la solution est simple : construire un marché moderne, conforme aux normes, et y reloger les commerçants.Détruire un marché historique sans proposer d’alternative n’est pas une politique publique. C’est une mesure brutale qui fragilise inutilement des citoyens qui ne demandent qu’à travailler.Les commerçants de ce marché ne réclament ni privilège ni faveur. Ils demandent simplement que leur activité, exercée depuis des décennies au grand jour, soit respectée et encadrée dans des conditions dignes.Qu’il soit donc clairement entendu : si ce déguerpissement devait être maintenu sans dialogue et sans solution juste, tous les moyens légaux seront utilisés pour défendre ce marché, les emplois qu’il représente et les familles qui en vivent.Les lois et règlements de la République offrent des voies de recours. Elles seront utilisées.Le Sénégal est un pays de tolérance, de dialogue et de justice.Les décisions publiques doivent protéger cet équilibre, jamais l’affaiblir.
Robert Claude Diatta, Juriste et Consommateur de viande de Mbam


