Depuis plusieurs mois, les alliés de la première heure du Président Diomaye Faye dénoncent une dérive technocratique et placent leurs espoirs en Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale.
En effet, deux ans après l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, le vent de la contestation souffle au sein même de son propre camp. Dans un communiqué sans concession rendu public, le mouvement « Farlu Jotna » – Forces vives du Sénégal, dirigé par le Professeur Elhadj Malick Kane, dresse un bilan très sévère de la gestion actuelle. Le mouvement exprime sa profonde déception face à une gouvernance jugée déconnectée des promesses de rupture de 2024.
Un pouvoir sans boussole politique et otage des lobbies
Pour « Farlu Jotna », le constat est amer. La mise en place d’un gouvernement composé essentiellement de technocrates, sous la direction du Premier ministre Al Aminou Lô, est perçue comme une trahison des aspirations populaires. Le mouvement s’inquiète surtout de l’absence officielle du PASTEF au sein de l’exécutif, alors que ce parti reste ultra-majoritaire dans le cœur des Sénégalais. Selon les signataires, ce choix écarte définitivement « Le Projet » initial pour laisser place à une simple stratégie de conservation du pouvoir.
Le Professeur Elhadj Malick Kane et ses camarades ciblent également le récent dialogue national de dix jours. Qualifié de « pseudo-dialogue », cet événement est vu comme une dangereuse tentative de rapprochement avec les visages de l’ancien régime. Le mouvement craint que le pouvoir actuel ne cède au diktat des lobbies et des anciennes forces politiques.
Sonko au perchoir : L’espoir d’un équilibre historique
Face à ce qu’il nomme une « décomposition du paysage politique », le mouvement voit pourtant une lueur d’espoir. L’élection récente d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale est qualifiée de tournant historique. Pour la première fois depuis soixante ans, la majorité parlementaire échappe au contrôle direct du Président de la République.Cette situation inédite crée un nouvel équilibre obligatoire entre les institutions. « Farlu Jotna » appelle donc le Président et le Président de l’Assemblée à une collaboration étroite pour remettre les réformes de rupture au centre de l’action publique.
Quatre chantiers urgents pour sauver la rupture
Réaffirmant son ancrage au sein de la coalition APTE (alliée de Pastef), le mouvement rappelle que l’urgence n’est pas politicienne, mais structurelle. Il exige des actions immédiates sur quatre chantiers prioritaires :L’indépendance de la justice : Séparer définitivement le pouvoir judiciaire du pouvoir politique, l’équilibre des pouvoirs : Mettre fin à l’hyper-présidentialisme, la transparence financière : Encadrer de manière très stricte les fonds secrets (fonds noirs) et le mérite républicain : Choisir les dirigeants des sociétés d’État selon leurs compétences et non leurs affinités politiques
L’avertissement des forces vives est clair : le mandat présidentiel doit rapidement retrouver sa trajectoire de départ, sous peine de plonger le pays dans un blocage institutionnel majeur.

