Son Excellence Monsieur le Président de la République,
Au moment où notre pays s’engage dans une nouvelle phase de son histoire marquée par l’affirmation de sa souveraineté, nous, anciens personnels civils de recrutement local des bases militaires françaises au Sénégal, souhaitons vous adresser respectueusement cet appel.
Pendant plus de deux décennies pour la plupart d’entre nous, nous avons servi avec professionnalisme et loyauté dans ces installations militaires. La fermeture des bases a entraîné le licenciement collectif de nombreux travailleurs sénégalais, mettant brusquement fin à des carrières construites parfois sur plus de vingt années de service.
Au-delà de la perte d’emploi, cette situation a plongé de nombreuses familles dans une grande incertitude : charges familiales difficiles à assumer, prêts bancaires à rembourser, scolarité des enfants menacée, accès aux soins fragilisé.
Nous avons accueilli la décision de fermeture de ces bases avec un esprit républicain, conscients qu’elle s’inscrivait dans une dynamique de souveraineté nationale et de redéfinition des relations internationales de notre pays.
Mais aujourd’hui, une incompréhension profonde nous habite.
Nous apprenons que certaines de ces anciennes bases, qui constituaient hier encore nos lieux de travail, seront utilisées pour accueillir des activités liées aux Jeux Olympiques de la Jeunesse.
Nous nous réjouissons bien sûr de voir le Sénégal accueillir un événement international aussi prestigieux, symbole de dynamisme et d’espoir pour notre jeunesse.
Cependant, une question légitime se pose :
comment tourner la page de ces bases militaires sans avoir d’abord tourné la page de la situation des travailleurs sénégalais qui y ont consacré leur vie professionnelle ?
Derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes qui ont travaillé avec rigueur et dignité. Des familles qui ont construit leur vie autour de ces emplois aujourd’hui disparus.
Notre démarche n’est pas une opposition aux projets de l’État, ni une remise en cause des décisions stratégiques prises au nom de la souveraineté nationale.
Elle est simplement un appel à la cohérence, à la justice sociale et à la reconnaissance.
Car la souveraineté nationale ne peut être pleinement accomplie si elle laisse dans l’ombre les citoyens qui ont été les témoins et les acteurs de l’histoire de ces lieux.
Monsieur le Président de la République, nous sollicitons respectueusement votre haute attention afin que la situation des travailleurs licenciés fasse l’objet d’un accompagnement réel et concret, à travers des mesures de réinsertion, de soutien social et de dialogue avec les institutions concernées.
Nous restons convaincus que le Sénégal que vous incarnez est un Sénégal qui n’oublie pas ses travailleurs.
Veuillez agréer, Son Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.
Mathieu SAGNA
Président du Collectif des Licenciés des Bases françaises au Sénégal.


