N’attendez pas un « mort d’homme » pour agir : payez aux étudiants leurs « rappels ». On ne change pas les règles du jeu en plein match, dit l’adage. En supprimant les rappels de façon unilatérale et brutale, l’État a mis l’étudiant (qui s’est déjà lourdement endetté) en situation de quasi-faillite. Mais comment en sommes-nous arrivés là ?
Dans l’opposition, Sonko, sous l’effet de sa « meute » (comme l’avait titré L’Obs), a roulé en sens interdit avec des promesses parfois irréalistes, par moments sans y croire. À l’époque, aucun sens de la retenue : envoi de l’armée au Mali, sortie du CFA, doublement des salaires des enseignants, paiement des bourses à date, suppression des véhicules des députés, hauts directeurs apolitiques et sélectionnés par appel à candidatures, bannissement des tournées économiques/politiques, fonds politiques prohibitifs…
Au pouvoir, leur impréparation et leur incompétence sabordent l’économie à coups de déclarations inopportunes et d’un bicéphalisme cacophonique. Face aux tensions de trésorerie, l’État doit se réajuster… mais surtout sans toucher aux privilèges des nouveaux parvenus. Il faut alors s’attaquer aux plus faibles : le PRES a été acté. Après avoir asphyxié leurs parents (suppression des bourses sociales, déguerpissements tous azimuts, sans palliatifs ni solutions alternatives ; après les échecs des campagnes agricoles où les ruraux n’ont, pour issue, que l’exode), Pastef vise désormais les étudiants. En effet, lorsque le PM déclarait que la Côte d’Ivoire paie moins de bourses que le Sénégal, et que ses députés l’ont répété en boucle lors de la session budgétaire, on en avait compris la suite…
Un parti qui, dans la conquête du pouvoir, a poussé le manichéisme au point où la discourtoisie, l’insolence et la calomnie, à l’égard de toute personne qui n’épousait pas les idées de Pastef, étaient devenues les seuls arguments de défense, donne envie de dire : « ainsi soit-il ». Quand on peut pousser un apprenant à brûler une bibliothèque, une faculté, on insulte la science et on toise Allah (qui a dit : Iqra). Cependant, on aurait failli si l’on en arrivait à souhaiter le malheur à cette jeunesse, victime d’un discours harangueur qui aveugle. Cette jeunesse est l’avenir de la Nation.
À tous les jeunes : à l’avenir, croyez en qui vous voulez, mais ayez le sens de la mesure, et surtout celui de l’esprit critique.
Dr Samba FAYE
Enseignant-chercheur


