Il est des silences qui coûtent cher. Et des chiffres qui, lorsqu’on les additionne, dessinent un scandale. Le projet d’électrification rurale confié à l’ASER en est la preuve accablante.
Après 18 mois, des dizaines de milliards de francs CFA décaissés et des communiqués triomphants, la réalité est amère : une poignée de villages semble électrifiés, sur les 1740 promis. Le reste ? Du vent, des justifications et une rhétorique creuse.
37 milliards décaissés. La lumière, toujours introuvable.
L’État a engagé une avance colossale, près de 40% du marché, au nom de l’urgence sociale. Aujourd’hui, le constat est simple : l’argent public a coulé, mais pas le courant. Le directeur général de l’ASER l’admet implicitement : seule une fraction infime des fonds a produit des résultats concrets.
La question brûle les lèvres : où est passé l’argent ?
La stratégie de l’esquive : « Ce n’était pas moi. »
Face à ce gouffre, le DG de l’ASER utilise la vieille recette : se retrancher derrière les changements de poste, les décisions héritées, les « je n’étais pas là ». Mais l’argent du contribuable ne connaît pas les alibis administratifs. Accepter une fonction, c’en hériter les responsabilités, et les échecs.
Des cautions bancaires à la place des villages.
Pour répondre aux inquiétudes, le DG brandit des garanties financières. Comme si une caution pouvait éclairer une case, alimenter un dispensaire ou faire tourner une école. Une caution est un papier, pas une politique publique. Elle ne remplace ni les pylônes, ni les câbles, ni les familles toujours plongées dans le noir. Encore que meme l’opposabilité de ces garanties pose problème.
L’opacité persiste : aucun inventaire clair et vérifiable des dépenses n’est produit. L’ASER nourrit le soupçon plus qu’elle ne le dissipe.
La mystérieuse « phase pilote » : l’alibi surgi du néant.
Pour tenter de justifier l’injustifiable, on invoque soudain une « phase pilote »… absente des engagements initiaux. L’électrification rurale est-elle donc une expérience de laboratoire ? Quand une agence spécialisée encaisse des milliards puis parle de « test », cela ressemble moins à de la prudence qu’à un aveu.
Un DG plus avocat du prestataire que gardien du bien public.
Le plus troublant est la posture du directeur général. Dans ses écrits, sa priorité ne semble pas de défendre les intérêts de l’État sénégalais, mais de rassurer les bailleurs sur la santé financière du prestataire, de minimiser les conflits.
Depuis quand l’autorité publique se fait-elle avocat de son prestataire ? Depuis quand les alertes sont-elles considérées comme des nuisances plutôt que comme des garde-fous indispensables ?
La Cour suprême, paravent magique ?
À court d’arguments, on se réfugie derrière la justice. Comme si une décision de la Cour suprême pouvait, par enchantement, faire surgir des réseaux électriques et effacer des mois de gestion opaque. La justice rend le droit. Elle ne rend pas les comptes. Elle ne gère pas les projets à la place de ceux qui en ont la charge.
Le véritable court-circuit : une crise de confiance.
Aujourd’hui, le problème dépasse le simple retard. C’est une crise de gouvernance et de crédibilité.
Tant que la question centrale restera sans réponse transparente et vérifiable « Que sont devenus les 37 milliards destinés aux villages ? » , aucun discours, aucune plaidoirie ne suffira.
L’électricité ne s’allume pas avec des mots. Elle s’allume avec des actes, une gestion intègre et une volonté farouche de servir l’intérêt public. Pour l’instant, sous cette direction, l’ASER semble avoir choisi de laisser les Sénégalais… dans le noir.
*Pape Adama DIOUF, Responsable de la Cellule de Communication du Mouvement National des Jeunes de la République des Valeurs (MONJER) du président Thierno Alassane Sall.


