L’agence S&P Global Ratings a abaissé le lundi 14 juillet 2025 la note de crédit souveraine du Sénégal de « B » à « B- », assortie d’une perspective négative. Une sanction sévère que l’agence américaine justifie par la détérioration accélérée des finances publiques du pays, sur fond de découvertes de passifs comptables, d’augmentation de la dette et de besoins de financement records.
Dakar est désormais perçu comme un émetteur plus risqué, avec des marges de manœuvre budgétaires considérablement réduites. « Cette dégradation reflète l’ampleur de la révision à la hausse de la dette publique et la persistance de déficits budgétaires élevés », explique l’agence de notation américaine. S&P estime désormais la dette du Sénégal à 118 % du PIB en 2024, soit l’un des niveaux les plus élevés du continent.
Une dette cachée de 8300 milliards FCFA
Si tout est parti de la Cour des comptes, un audit récent mené par le cabinet Mazars, dont les résultats ont été intégrés dans le budget révisé 2025 et le programme budgétaire triennal, montre l’ampleur plus prononcée de la situation. L’opération a mis au jour plus de 8300 milliards FCFA (14,77 milliards de dollars) de dettes non comptabilisées, contractées au cours des dernières années, pour l’essentiel sous forme de crédits extérieurs, un mélange de dette concessionnelle et de dette commerciale. Un chiffre qui représente à lui seul près de 41 % du PIB.
« Ce chiffre représente une nouvelle augmentation substantielle par rapport aux 104 % du PIB que nous estimions en février 2024, sur la base d’un rapport de la Cour des comptes du Sénégal, lequel indiquait déjà que les déficits budgétaires moyens entre 2019 et 2023 étaient environ deux fois supérieurs à ceux précédemment déclarés », explique la S&P.
Conséquence directe : les besoins de financement brut pour l’exercice 2025 s’envolent à 5700 milliards FCFA, soit 26 % du PIB, un seuil rarement atteint, y compris au plus fort de la pandémie. Les échéances de 2026 ne sont pas plus rassurantes. Le service de la dette – intérêts et principal – grimperait à 8800 milliards FCFA, en hausse de plus de 33 % par rapport à cette année, dont plus de la moitié en dette extérieure.
Une consolidation budgétaire incertaine
Le gouvernement sénégalais mise sur une forte croissance, des mesures d’austérité pour rééquilibrer ses comptes et un plan de redressement. La croissance économique est attendue à 8 % en 2025, grâce au démarrage de la production pétrolière à Sangomar et de la production gazière au champ GTA. Mais les projections budgétaires de S&P restent plus prudentes. L’agence anticipe un déficit budgétaire de 8,9 % du PIB contre un objectif gouvernemental de 7,8 %. Et ce, sans tenir compte du paiement des arriérés au secteur privé, qui représentent encore 2 % du PIB.
A moyen terme, une réforme du Code général des impôts est prévue pour 2026, afin d’élargir l’assiette fiscale et réduire les exonérations. Mais sa mise en œuvre reste incertaine, dans un contexte politique tendu et alors que la pression sociale monte face aux coupes budgétaires annoncées.
Un filet de sécurité régional
Face à ces tensions, l’ancrage régional du Sénégal constitue un élément de stabilité. Membre influent de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le pays profite des réserves communes logées à la BCEAO, qui couvrent actuellement 5,6 mois d’importations. Une bouée de sauvetage qui devrait lui permettre d’assurer le service de sa dette extérieure à court terme, notamment en cas de tension sur les marchés.
Autre point positif : les émissions domestiques restent bien souscrites. Le Trésor sénégalais a levé 364 milliards FCFA lors de son dernier appel public à l’épargne, clôturé le 9 juillet, auxquels s’ajoutent plus de 400 milliards FCFA mobilisés en avril dernier, tous sur le segment de la syndication. Sur le segment adjudication, piloté par UMOA-Titres, le Sénégal a levé plus de 1262,5 milliards FCFA au premier semestre 2025, soit une hausse de 267 % par rapport à la même période en 2024.
Parallèlement, de nouveaux financements ont été obtenus auprès de la Banque mondiale, et de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) entre autres, tandis que les discussions se poursuivent avec le FMI pour un nouveau programme de soutien. Certains décaissements restent conditionnés au programme FMI.
Une pression croissante sur les marges de manœuvre
Reste que la pression sur les finances publiques sénégalaises est appelée à s’intensifier. Entre les charges d’intérêts, les engagements vis-à-vis des créanciers privés et la nécessité de relancer l’investissement public, l’équation budgétaire devient de plus en plus difficile à résoudre.
S&P n’exclut pas une nouvelle dégradation si les tensions de trésorerie persistent ou si les négociations avec le FMI échouent. A l’inverse, un rebond plus rapide des recettes, une stabilisation macroéconomique et une signature rapide d’un programme avec le Fonds pourraient améliorer la perspective de la note.