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UNE DETTE CACHÉE POUR HONORER L’ÉCHÉANCE D’UNE DETTE CONNUE ?

by Bénédicte SAGNA
23 mars 2026
in À la une, Contribution, Sénégal
0

Quelque chose ne tourne pas rond. Et au fond, nous le ressentons tous, même sans toujours savoir l’expliquer. Depuis plusieurs semaines, une question simple revient dans les discussions : comment le Sénégal a-t-il réellement trouvé les ressources pour faire face aux échéances de sa dette en mars 2026 ?
C’est une question normale que chacun est en droit de poser. Pourtant, en face, il n’y a pas de réponse claire : un silence assourdissant, lourd et organisé, qui finit par inquiéter. Et c’est peut-être là le vrai problème : avant même d’être une question d’argent, c’est une question de confiance et de démocratie.
Dans un pays qui se réclame du Jub, Jubal, Jubanti, chacun devrait pouvoir comprendre les décisions qui engagent son avenir. Mais aujourd’hui, tout se passe comme si les citoyens devaient rester à distance, comme si les décisions les plus importantes se prenaient loin d’eux.
Pendant ce temps, le Parlement est convoqué ce 26 mars 2026. Non pas pour débattre, mais pour entériner une décision déjà prise : ne pas restructurer la dette. À un moment aussi crucial, le pays aurait pourtant besoin d’un échange sincère, apaisé et responsable, et non d’une simple formalité.
L’Assemblée nationale, lieu de débat par excellence, trahit son rôle de vigie en se réduisant à une chambre d’enregistrement et d’acclamation.
Derrière ce silence, il y a des choix qui ne sont pas sans conséquences.
Selon des informations relayées par la presse financière internationale, notamment le Financial Times, le Sénégal aurait eu recours à des instruments financiers complexes : les Total Return Swaps (TRS), pour mobiliser environ 650 millions d’euros auprès de First Abu Dhabi Bank et de l’African Finance Corporation. Dit plus simplement, ce sont des mécanismes sophistiqués, habituellement utilisés par de grandes institutions capables d’absorber des risques importants. Ce ne sont pas des outils neutres, et encore moins dans un contexte de tension financière.
C’est précisément là que l’inquiétude s’installe : ces montages financiers peuvent, à tout moment, contraindre l’État à mobiliser des fonds dans l’urgence si la situation venait à se détériorer. Une dégradation de la note souveraine pourrait ainsi déclencher un remboursement anticipé, brutal et imprévu. En pratique, percevoir 300 millions d’euros en contrepartie d’engagements de 400 millions, assortis de taux élevés, constitue un coût bien réel et particulièrement lourd. Et lorsque certaines de ces obligations demeurent en dehors des comptes apparents, émerge alors l’idée d’une dette invisible («cachée»), mais inévitablement exigible.
Ce type de mécanisme n’est pas sans précédent. Au Ghana, comme le montrent les analyses du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du programme appuyé en 2023, le recours à des financements coûteux, combiné à des vulnérabilités liées à la gestion de la dette et à un manque de transparence, a contribué à une dégradation rapide des équilibres budgétaires, conduisant à une restructuration de la dette après la crise de 2022. De même, en Zambie, plusieurs rapports du FMI et de la Banque mondiale (BM) ont mis en évidence le rôle joué par l’accumulation d’engagements peu transparents et de dettes contractées à des conditions onéreuses dans la détérioration de la soutenabilité de la dette, ayant conduit au défaut de 2020.
Plus largement, les travaux du FMI, notamment les Debt Sustainability Analyses et le Global Financial Stability Report, ainsi que les publications de la BM sur la transparence de la dette, soulignent que le recours à des instruments financiers complexes, en particulier lorsqu’ils échappent en partie au périmètre budgétaire classique, accroît significativement les risques de liquidité, de refinancement et, à terme, de crise de la dette souveraine.
Au fond, il ne s’agit pas seulement de finance. Il s’agit d’un choix : celui de gagner du temps aujourd’hui, quitte à prendre plus de risques demain ; celui de préserver une apparence de stabilité, tout en repoussant les difficultés.
Mais un pays ne peut pas avancer longtemps ainsi. Ce qui inquiète le plus, ce n’est pas seulement l’utilisation de ces instruments, mais le fait de ne pas expliquer, de ne pas associer, de ne pas faire confiance aux citoyens. Gouverner, ce n’est pas seulement décider : c’est aussi dire, expliquer et assumer.
Le Sénégal n’a pas seulement besoin de ressources : il a besoin de vérité et de confiance. À force de repousser les problèmes, ce ne sont pas seulement des dettes que l’on accumule, mais aussi des inquiétudes qui s’installent et des doutes qui grandissent — et parfois des crises qui finissent par nous rattraper.
Plus que jamais, le moment appelle à la lucidité et au dépassement des logiques de clans. La question de la dette n’est ni celle d’un camp, ni celle d’un gouvernement seul : elle engage le destin de toute une nation. Il est donc urgent d’ouvrir un cadre de concertation large, inclusif et transparent, associant universitaires, experts, société civile et opposition, afin d’examiner sereinement les options disponibles et d’identifier la voie la plus soutenable pour le pays. Gouverner, c’est aussi savoir écouter, partager et construire des décisions collectives lorsque l’essentiel est en jeu.
Une dette que l’on ne voit pas aujourd’hui est souvent celle qui coûte le plus cher demain.

Dr. Samba Faye, porte parole du parti
LA RÉPUBLIQUE DES VALEURS

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