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C’est une mécanique bien connue mais dévastatrice : sous la pression sociale et syndicale, l’État a cédé à la généralisation de l’indemnité de logement.
Aujourd’hui, le constat est unanime : cette décision était une grave erreur stratégique. Au lieu d’investir dans de la pierre durable et de constituer un patrimoine public, l’État s’est engagé dans une fuite en avant budgétaire, distribuant du pouvoir d’achat volatil tout en étouffant ses finances publiques.
En contrepartie de ces milliards engloutis chaque mois, quel est le bilan sur le terrain ? Un vide abyssal. Aucun logement social d’envergure n’est en perspective d’ici 2027.
La raison de cette impasse est connue : une absence totale de foncier assaini et mature, doublée de l’inexistence d’une stratégie commerciale crédible au sein du Fonds de l’Habitat Social (FHS), désormais incapable de rassurer ou d’attirer les grands promoteurs.
La suspension de la taxe sur le ciment : Une erreur fatale au profit des cimentiers
À cette fuite en avant s’ajoute une faute économique majeure commise sous l’ancienne gouvernance : la suspension de la taxe parafiscale sur le ciment par l’ancien Premier ministre.
Présentée à l’époque comme une mesure de soutien au pouvoir d’achat, cette suspension s’est avérée être une erreur fatale et une illusion d’optique. En réalité :
- Aucun impact pour le citoyen : La suppression de cette taxe n’a jamais entraîné la baisse promise du prix du sac de ciment pour l’acheteur final sur le marché.
- Un cadeau financier aux industriels : L’arrêt de la collecte n’a profité in fine qu’aux grands cimentiers et gros fournisseurs, qui ont capté cette marge supplémentaire sans aucune contrepartie sociale.
- Un assèchement des ressources publiques : L’État s’est privé de dizaines de milliards de ressources pérennes qui auraient dû servir à viabiliser le foncier et financer le logement social.
Le naufrage des bras armés de l’État : SICAP SA et SN HLM
Pendant que le ministère en charge du Logement brille par son immobilisme et son absence de vision, les deux piliers historiques de la promotion immobilière publique — la SICAP SA et la SN HLM — incarnent désormais l’échec d’un modèle à bout de souffle.
Plombées par des dettes abyssales, minées par des sureffectifs pléthoriques, des lourdeurs bureaucratiques et une gestion politicienne, ces deux entités sont devenues incapables d’accomplir leur mission sociale fondamentale. Plutôt que de produire des logements abordables, elles survivent sous perfusion bancaire et étatique. Continuer à entretenir deux structures budgétivores qui se marchent sur les pieds relève d’une véritable gabegie institutionnelle.
Un plan de choc institutionnel : Fusionner pour mieux reconstruire
Pour sortir définitivement de cette torpeur et redonner à l’État sa puissance de frappe immobilière, une réforme de rupture doit être engagée sans délai : la fusion pure et simple de la SICAP et de la SN HLM au sein d’un grand Opérateur Public du Logement.
Cette fusion institutionnelle doit s’articuler autour d’une feuille de route rigoureuse en quatre volets :
- Un plan stratégique clair et axé sur les résultats : Reconnecter la nouvelle entité avec sa mission originelle : l’aménagement foncier massif, la viabilisation de parcelles et la construction de logements réellement abordables.
- Un appel à candidature transparent pour la Direction Générale : En finir avec les nominations de complaisance politicienne. Le management du nouvel ensemble doit être confié à des professionnels recrutés sur la base de critères stricts de compétence et d’intégrité.
- Un plan social responsable mais courageux : Rationaliser les effectifs doublonnés et redimensionner la masse salariale par un plan de départs volontaires et de reconversion professionnelle.
- Un plan d’apurement et de restructuration de la dette par l’État : L’État doit assainir le bilan comptable du nouvel ensemble pour lui permettre de retrouver une signature bancaire crédible auprès des bailleurs et marchés financiers.
Restaurer et sécuriser la taxe parafiscale
Face à cet effondrement du secteur, il est impératif de rétablir sans délai la taxe parafiscale sur le ciment, mais avec une gouvernance renouvelée.
Cette ressource ne doit plus servir de caisse noire. Sa collecte et sa gestion doivent être confiées à une entité d’État performante, avec une affectation claire et transparente :
- Priorité absolue au foncier : Financer l’acquisition, la sécurisation foncière et la viabilisation primaire (eau, électricité, voirie) des terrains avant tout projet.
- Garantie pour les grands promoteurs : Offrir des garanties financières solides pour rassurer le secteur privé et nouer de véritables partenariats public-privé (PPP).
L’heure n’est plus aux cadeaux fiscaux sans lendemain ni aux réformes cosmétiques. L’État doit reprendre le contrôle du secteur, mettre fin à la rente de l’indemnité et investir massivement dans la pierre pour redonner un toit aux Sénégalais.
Par un citoyen triste.