En une semaine, le président de la FIFA a vu son projet d’ouverture aux capitaux privés rejeté par l’UEFA, la Concacaf et l’AFC, contesté par son propre état-major et critiqué jusque dans les cercles politiques britanniques. Samedi 1er août 2025, il a annoncé son retrait total.
Le bras de fer aura duré sept jours. Samedi 1er août, la Fédération internationale de football annonce, dans un communiqué diffusé tôt le matin, l’abandon définitif du projet porté par son président Gianni Infantino. Ce projet devait bouleverser le financement du football mondial en ouvrant sa gestion commerciale à des fonds privés.
Un aveu d’échec formulé par la FIFA elle-même
L’instance reconnaît sans détour l’ampleur de la fracture provoquée par l’annonce initiale. Le communiqué précise : « Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est clair que le projet engendre des divisions qui, quel que soit le niveau de soutien dont il bénéficie, ne servent plus l’objectif initial. » Le texte poursuit : « Notre objectif a toujours été et sera toujours de rassembler et de progresser. Par conséquent, cette proposition ne sera pas mise en œuvre. »
La Fédération mexicaine de football réagit la première, sur le réseau social X. Elle salue le retrait en ces termes : « Nous nous réjouissons du fait que l’unité de toutes les confédérations et fédérations ait été privilégiée dans l’intérêt du football. »
L’ambition financière affichée est considérable. La FIFA envisageait de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars, soit environ 3,6 milliards d’euros, en cédant des parts de la FFE à des acteurs privés. Ces investisseurs devaient rester minoritaires, avec un plafond fixé à 20 % du capital. L’objectif final : porter à 10 milliards de dollars le financement du développement du football sur les quatre prochaines années.
Chacune des 211 fédérations membres devait bénéficier de retombées concrètes. Une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars leur était promise début 2027. Leur dotation régulière devait également grimper, passant de 8 à 20 millions de dollars sur la période 2027-2030.
La riposte immédiate de l’UEFA
Dès la présentation du projet, la contestation s’organise. De nombreux observateurs redoutent une marchandisation du football, avec en toile de fond la crainte d’une mise aux enchères de parts de la Coupe du monde auprès de fonds privés. Pour rassurer, la FIFA affirme conserver le contrôle exclusif de la FFE. Elle revendique également « l’autorité exclusive » sur la gouvernance du football : compétitions, calendrier, décisions réglementaires.
Ces assurances ne convainquent pas l’UEFA. La confédération européenne, qui réunit 55 fédérations et compte dans ses rangs sept des dix derniers champions du monde, réagit avec fermeté jeudi. Elle menace « à l’unanimité » de boycotter les prochaines compétitions organisées par la FIFA, Coupe du monde incluse, tant que le projet ne serait pas retiré.
D’autres confédérations rejoignent rapidement le mouvement de contestation. La Concacaf, qui fédère 41 associations d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, rejette purement et simplement la proposition. Vendredi, l’AFC, confédération asiatique, s’aligne à son tour. Elle considère que le plan « ne pouvait parvenir au large consensus et à l’unité nécessaires pour aller de l’avant ».
Fissures jusque dans l’entourage du président
La contestation atteint le premier cercle de Gianni Infantino. Vendredi 31 juillet 2026,Carlos Cordeiro, son principal conseiller, présente sa démission. Il justifie son départ en expliquant que le projet n’a « guère de sens », au regard des ressources financières déjà considérables dont dispose la FIFA.
Kevin Lamour, directeur général et numéro trois de l’institution, prend également ses distances. Le Français dénonce ouvertement « le projet d’une seule personne », une formule qui souligne l’absence de collégialité dans l’élaboration du plan.
Une contestation qui s’étend à la sphère politique
L’onde de choc dépasse le seul monde du football. Le nouveau premier ministre britannique, Andy Burnham, qualifie la FFE de « proposition scandaleuse ». Il enfonce le clou en estimant que Gianni Infantino est « la mauvaise personne pour diriger » le football mondial.
Le projet alimente également des soupçons de conflit d’intérêts. Parmi les investisseurs potentiels évoqués figure le fonds Thrive Eternal. Ce fonds a été créé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, lui-même gendre de Donald Trump. Or, Gianni Infantino a multiplié, avant et pendant la Coupe du monde 2026, les marques de proximité avec le président américain, alimentant les interrogations sur les motivations réelles du projet.
Des positions plus nuancées en Afrique, en Océanie et en
Amérique du Sud
Toutes les confédérations n’affichent pas la même intransigeance. Les confédérations africaine et océanienne adoptent une posture plus mesurée après l’annonce du projet. Séduites par les perspectives financières promises, elles appellent leurs fédérations membres à « examiner » et à « évaluer » la proposition, plutôt qu’à la rejeter en bloc.
La Conmebol, confédération sud-américaine, opte pour la prudence. Elle réclame des précisions supplémentaires avant de se positionner, tout en rappelant la nécessité de « placer toujours le football au-dessus de tout autre intérêt ».
Un délai de réponse finalement écourté
La FIFA avait initialement fixé un cadre temporel pour recueillir l’avis de ses membres. Une lettre de Gianni Infantino adressée aux 211 fédérations, révélée par plusieurs médias, accordait un délai de réponse jusqu’au 19 septembre. Face à l’intensité de la contestation, le président de la FIFA choisit finalement de désamorcer la crise sans attendre l’échéance fixée.
Le communiqué de samedi se termine sur une volonté affichée de reprendre le dialogue. La FIFA conclut : « J’ai l’intention de réunir à nouveau toutes les parties concernées dans les jours et les semaines à venir, dans un esprit d’intérêt commun pour notre sport, et dans le but de poursuivre le développement du football partout dans le monde, en particulier dans les pays qui ont le plus besoin de notre soutien. »
Un revers électoralement sensible
Ce retrait survient à un moment stratégique pour Gianni Infantino. Le dirigeant est candidat à sa propre succession à la présidence de la FIFA, avec une élection prévue en mars 2027. Il demeure, pour l’heure, le seul candidat officiellement déclaré à ce scrutin.
L’échec du projet FIFA Forward Enterprise laisse toutefois des traces. L’ampleur inédite des critiques reçues, la démission d’un conseiller proche et la fronde de plusieurs confédérations majeures pourraient favoriser l’émergence d’une opposition plus structurée que prévu à l’approche de l’échéance électorale.
Source Libre Express Redaction


