La monnaie unique ouest-africaine ne verra pas le jour en 2027 pour l’ensemble de la région, mais seulement pour une partie des États membres. Réunis en sommet à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d’État de la Cédéao ont acté le principe d’un lancement progressif de l’ECO, réservé dans un premier temps aux seuls pays ayant satisfait aux stricts critères de convergence macroéconomique.
Une décision qui enterre définitivement l’ambition d’un big bang monétaire simultané pour privilégier une approche réaliste, calibrée selon les capacités de chacun.
Ce réajustement stratégique est avant tout une réponse à l’échec collectif des États à remplir les conditions fixées. En décembre 2025, à Abuja, la Conférence des chefs d’État avait déjà fait part de ses inquiétudes face aux progrès insuffisants en matière de convergence, pointant des retards inquiétants dans la mise en œuvre de la feuille de route. À Lungi, les dirigeants ont choisi de ne pas faire semblant : plutôt que de repousser sine die un projet irréaliste, ils assument désormais une intégration différenciée. Les pays jugés prêts intégreront la première phase du projet, tandis que les autres bénéficieront d’un accompagnement pour une adhésion ultérieure. La décision est brutale, mais elle a le mérite de la clarté.
Le projet de l’ECO, qui vise à remplacer les huit devises nationales et le franc CFA circulant dans l’espace Cédéao, se heurte depuis des décennies à la même contradiction. D’un côté, la zone UEMOA, adossée à la BCEAO et à des règles de gestion communes, affiche une discipline monétaire relativement solide. De l’autre, des géants comme le Nigeria, avec son naira flottant et volatil, ou le Ghana et son cedi, peinent à stabiliser leurs comptes publics et leur inflation.


