- 0
- 762 words
Ce 25 octobre, lors d’une conférence de presse aux allures de plaidoyer, le chef du gouvernement a entrepris de justifier une rigoureuse révision budgétaire, arguant de l’effritement inquiétant des équilibres financiers de l’État. Il a dressé un constat sans appel : un manque à gagner de 340 milliards de FCFA dans les caisses publiques, couplé à une inflation de 540 milliards de FCFA de dépenses incompressibles, tributaires pour l’essentiel du poids des subventions énergétiques et des exigences accrues de la défense nationale.
Dans ce climat d’incertitude, le Premier ministre sénégalais, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo, a défendu ce dimanche, avec une gravité empreinte de nécessité, le projet de loi de finances rectificative pour 2026. Cette initiative se heurte toutefois à la résistance résolue de Pastef-Les Patriotes, formation majoritaire à l’Assemblée nationale, qui conteste fermement les termes du texte. Au cœur de cette discorde, le projet prévoit une amputation drastique de 555 milliards de FCFA sur les crédits d’investissement, sacrifiant ainsi les ambitions du futur sur l’autel de l’urgence comptable.
Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo a qualifié ces coupes budgétaires d’investissements ajournés, arguant que le contexte ne se prêtait point à l’éclosion de certains projets ou que l’impératif de l’urgence commandait un arbitrage plus pressant. Le Premier ministre a mis en garde contre le spectre d’un rejet qui condamnerait les entreprises du secteur des BTP à l’asphyxie, entravant la remise en mouvement des chantiers, le règlement des créanciers et la modernisation d’un parc matériel vieillissant. S’adressant à la représentation nationale dans un souffle dramatique, il a conjuré les députés en ces termes : « Ne punissez pas le Peuple ! »
Quelques jours auparavant, Ousmane Sonko avait, lors d’une conférence de presse, signifié que Pastef-Les Patriotes, formation majoritaire à l’Assemblée, ferait barrage à la loi de finances rectificative. Si le parti ne dénie pas la nécessité d’une rigueur budgétaire, il conteste toutefois les orientations choisies, les mécanismes de financement envisagés, tout en déplorant le flou persistant et l’absence de garanties substantielles de la part de l’exécutif. Le parti Pastef exhorte à sanctuariser les investissements publics et les impératifs sociaux, plaçant au rang des priorités absolues la santé, l’éducation, l’instruction professionnelle, l’hydraulique, ainsi que le déploiement des infrastructures et du tissu industriel. Il exige, en outre, que tout allègement des subventions énergétiques s’accompagne de garde-fous rigoureux, destinés à préserver le pouvoir d’achat des foyers comme la vitalité des entreprises.
Sur le plan financier, la formation politique réclame toute la clarté requise quant à l’enveloppe de 120 milliards de francs CFA allouée au Projet autonome de réponse d’urgence contingente (CERP) ; elle s’interroge, en particulier, sur l’origine de ces capitaux, la réalité de leur emploi et les répercussions qu’induirait le report de certains crédits d’investissement. Par ailleurs, elle enjoint l’État de rationaliser ses coûts de fonctionnement, de durcir le contrôle des fonds spéciaux et de lever le voile sur les prévisions de déficit comme sur l’état réel de la dette publique.
L’examen du projet de loi n° 40/2026, portant loi de finances rectificative, dont l’échéance avait été initialement fixée au vendredi 23 octobre, a été différé au mardi 27 octobre, ainsi qu’en témoigne le communiqué publié par l’Assemblée nationale au lendemain de la date prévue. Si le gouvernement justifie cette révision budgétaire par l’impérieuse nécessité d’assurer la continuité du service public, de protéger le corps social et de soutenir l’élan des investissements, il réaffirme également son allégeance à la Vision Sénégal 2050, boussole cardinale de la transformation économique nationale.
Cette joute parlementaire autour des deniers publics se déploie dans le sillage de la rupture consommée entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Des divergences grandissantes, latentes depuis 2025 quant à l’exercice du pouvoir et à la primauté du leadership, ont culminé, le 22 mai 2026, par la révocation de M. Sonko, que l’élection de mars 2024 avait pourtant porté à la tête du gouvernement. Quelques jours plus tard, le 26 mai, le destin politique basculait à nouveau lorsque ce dernier accédait à la présidence de l’Assemblée nationale, consacrant ainsi le retrait du parti Pastef des rouages de l’exécutif.