En marge du sommet de Paris sur la vaccination, le chef de l’État sénégalais s’est entretenu avec Emmanuel Macron pour poser les bases d’un nouveau partenariat «gagnant-gagnant » avec la France
L’échange de sourires entre Emmanuel Macron et Bassirou Diomaye Faye à la sortie de leur tête-à-tête, jeudi 20 juin, illustre-t-il l’ambiance qui a prévalu lors des discussions ?
Invité à prendre part au Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales que la France coorganisait avec l’Alliance pour le vaccin (Gavi) et l’Union africaine (UA), le nouveau chef de l’État sénégalais avait été convié, en marge du sommet, à un déjeuner avec son homologue français pour leur première rencontre.
Sujets sensibles
Mais si, selon le communiqué final, « les deux présidents se sont félicités de leur volonté conjointe de renforcer la qualité du partenariat entre la France et le Sénégal, [et ont] exprimé leur volonté commune de donner une nouvelle impulsion au partenariat» entre leurs deux pays, plusieurs sujets sensibles ont été abordés, au premier rang desquels la question de la présence militaire française en Afrique, et notamment au Sénégal, qui abrite l’une des quatre bases militaires permanentes de la France sur le continent.
Mi-mai, le Premier ministre Ousmane Sonko avait fait savoir que le maintien durable de l’emprise militaire française à Dakar était « incompatible avec la volonté du Sénégal de disposer de lui-même ». Face à Bassirou Diomaye Faye, Emmanuel Macron, dont le gouvernement a déjà amorcé le projet de remodelage et d’allègement du dispositif militaire français en Afrique, a esquissé ce qu’il en serait de l’avenir des quelque 350 soldats positionnés dans la capitale sénégalaise.
Alors que l’ancien secrétaire d’État sous Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Bockel, nommé en février « envoyé personnel » du chef de l’État français, doit se rendre prochainement à Dakar après avoir effectué plusieurs voyages à Abidjan, N’Djamena et Libreville pour discuter des contours de la réforme, il est vraisemblable que, outre la réduction de l’effectif des soldats français, la mission de chacune des bases militaires soit réorientée vers la formation des armées africaines ou le soutien logistique. « C’est un dialogue qui sera ouvert avec les États concernés. Et les décisions seront prises en fonction des contextes locaux et des attentes des partenaires. L’idée sera de co-construire », explique une source à l’Élysée.
Tour d’horizon de la coopération
Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron, qui ont échangé pendant plus de deux heures, ont par ailleurs profité de ce déjeuner pour faire un tour d’horizon de la coopération entre leurs deux pays dans divers secteurs dont la transition énergétique, la santé, la formation professionnelle, la production locale de vaccins et l’agriculture.
Dans l’après-midi, le président sénégalais a ensuite reçu en audience Rémy Rioux, le directeur général de l’Agence française de développement (AFD), et le président-directeur général du groupe Eiffage, Benoît de Ruffray. Le géant français du BTP, qui gère la concession de l’autoroute à péage entre la capitale sénégalaise et l’aéroport international Blaise Diagne de Dakar (AIBD), réclame depuis plusieurs mois aux autorités sénégalaises la somme de 150 millions d’euros encore due pour les travaux liés à la construction de la ligne du TER de Dakar, mis en service en décembre 2021.
Outre Fatou Kiné Diakhaté, sa directrice de cabinet adjointe, Ousseynou Ly, le porte-parole de la présidence, ou encore Cheikh Sakho Jimbira, son conseiller en communication, le chef de l’État sénégalais était accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, dont Cheikh Diba (Finances), Yacine Fall (Affaires étrangères), le général Birame Diop (Forces armées) et Ibrahima Sy (Santé). Lesquels ont également rencontré, chacun de leur côté, leurs homologues français, ainsi que Bruno Le Maire, le ministre français de l’Économie et des Finances.
Bassirou Diomaye Faye a également rencontré dans la journée Paul Kagame, qui prenait part lui aussi au sommet de Paris sur la vaccination. Le président rwandais était pour l’occasion assisté de François Nkulikiyimfura, l’ambassadeur du Rwanda à Paris, du brigadier général Jean-Paul Nyirubutama, secrétaire général adjoint de la National Intelligence and Security Agency (NISS), et de Stéphanie Nyombayire, en charge des médias à la présidence.
Le président sénégalais s’est entretenu aussi avec Louise Mushikiwabo, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).
Place à la politique
Place à été faite, le lendemain, à la politique. Le nouveau régime sénégalais, qui ne dispose pas d’une majorité de députés, pourrait en effet être amené à dissoudre l’Assemblée nationale à partir du mois de septembre. Alioune Sall, le ministre de la Communication – et par ailleurs coordonnateur en France des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), le parti présidentiel – profite de son séjour pour rencontrer, ce 21 juin dans la soirée, les Sénégalais de la diaspora.
Bassirou Diomaye Faye, qui a logé dans l’appartement présidentiel de la résidence de l’ambassadeur du Sénégal à Paris en compagnie de Marie Khone Faye, la première de ses deux épouses, doit encore échanger pendant une heure, dans la matinée du 22 juin, avec les représentants en France de Pastef, ainsi qu’avec ceux d’autres formations politiques.
La rencontre prévue avec les membres du Mouvement des entreprises de France (Medef) a en en revanche été annulée en raison d’une contrainte d’agenda. « Ce n’est que partie remise », affirme une source au sein de l’organisation patronale.
source Jeune Afrique


